France Numérique 2025 ou Quand les poules auront des dents
Hier matin, le Président Sarkozy a confirmé ce qu'on savait déjà de l'utilisation des fonds du Grand Emprunt pour le passage du pays au Très Haut Débit. 2 milliards d'euros investis dans le fibrage de la France Profonde, pour une couverture totale en 2025.
2025? Treize ans après 2012, année bien connue de la supposée fin du Monde, et du non moins célèbre, dans les limites de l'Hexagone, Plan France Numérique concocté à l'époque par Mr. Besson, Eric (pas Luc, même si tout ça ressemble bien à du cinéma...).
Ce Plan France Numerique 2012 avait été annoncé - et largement commenté par la BlogoBillautSphère - en 2008, avec un Eric Besson soi-même venu par exemple à Odebit pour en causer avec les professionnels de la Profession. Si je calcule bien, c'était il y a bientôt trois ans. Donc, toujours si je calcule bien, en trois ans le fibrage du pays a pris treize ans dans la vue, ce qui nous donne un peu plus de quatre années de retard par année écoulée.
Connaissant la France comme on la connait, on peut parier que rien (ou pas grand chose) ne se passera avant les Présidentielles et les Législatives qui vont avec l'an prochain (2012, comme par hasard). Ce qui nous fera quatre ans de retard de plus, soit un beau petit Plan France Numérique 2030, pour faire un nombre rond.
En 2030, si Dieu me prête vie, j'aurai 69 ans. Les Autoroutes de l'Information: 36 ans. La Smart Grid: 20 ans. Je savourerai une retraite bien méritée comme l'on dit puis, après quasiment un demi siècle passé dans les technologies de l'information et des communications. Et moi qui ai eu la chance de commencer ma carrière professionnelle avec la fibre optique et l'expérimentation de Biarritz, je partirai sans avoir vu la queue d'une jarretière optique à mon domicile campagnard...
Pourquoi? Tout bêtement parce que la France n'est définitivement pas câblée pour la compétition mondiale.
Alors que Chattanooga, Tennessee, déploie d'ores et déjà des services innovants sur son réseau FTTH et crée de la valeur en attirant réellement chercheurs et entrepreneurs, nous en sommes toujours à faire des expérimentations TriplePlay et à réinventer la roue : Aumont-Aubrac et ses fibres amenées chez les abonnés comme on le fait à Pau depuis 2005 (6 ans, déjà...), Chevry-Cossigny et ses fourreaux propriété de France Télécom depuis toujours, Saint-Lô et ses difficultés à attirer un premier opérateur commercial...
Sans parler de Gonfreville-l'Orcher et de son système d'alarme Seveso, première véritable application non-TriplePlay ayant conduit à la construction d'un réseau Fibre-à-l'Abonné en France (et sans doute en Europe...), et qui est totalement ignorée aujourd'hui.
Et sans mentionner le réseau du SIAE de l'Ain, premier réseau FTTH déployé par une régie d'électricité mais sans applications de type Smart Grid à ce jour...
Ce qui est symptomatique de l'incapacité de la France à penser plus loin que le bout de son hexagone, c'est l'absence totale de lien entre les différents volets du Grand Emprunt : Nucléaire, Energies Renouvelables, Véhicules Electriques, Très Haut Débit : aucun pont visible entre chaque, alors que le THD est l'épine dorsale de l'ensemble. Rien sur la Smart Grid, alors que le réseau éléctrique intelligent est le lien entre chacun des quatre volets listés ci-dessus.
En 2009, le Plan de Relance Obama mettait en avant les Green & CleanTech, la Smart Grid devenant le prétexte intelligemment proposé aux régies d'électricité et collectivités pour construire des infrastructures fibre à l'abonné. En 2011, le Grand Emprunt Sarkozy repousse le FTTH pour tous aux calendes grecques et oublie que la fibre optique peut servir à autre chose que de transporter les images de la Coupe d'Europe de Foot en 3D...
Car, parole d'expert, au train où vont les choses télécoms dans ce pays, l'objectif 2025 est strictement impossible à tenir pour qui que ce soit. 2030 est plus raisonnable. Hélas, en 2030, les poules n'auront toujours pas de dents...
